Chez Fix

Moi, je veux devenir écrivain !

Un trou mars 26, 2009

Classé dans : Uncategorized — Fix @ 11:30

Avez-vous déjà creusé votre tombe ? Moi oui. C’est très spécial, comme situation, de creuser sa propre tombe. C’était vers la fin de la journée, il ne faisait pas encore nuit mais on ne voyait déjà plus le soleil. J’avais un peu mal au dos, mais quand on est en train de creuser sa tombe, quelle importance, pas vrai ? Et puis, on se dit qu’on va mourir. Et on a peur, atrocement, parce que même si on se dit que ça ne peut pas être si grave, ben, on va mourir quand même. Pendant quelques secondes, j’ai arrêté de creuser, j’ai mis mon coude sur ma pelle debout, plantée dans le sol. J’ai un peu observé ma tombe ; elle était pas si mal creusée, fallait reconnaître ! Du bon boulot. J’allais mourir, mais au moins j’avais fait du bon boulot. Le plus étrange était la végétation : il y avait un gros trou brun de terre, et juste autour, déjà, on voyait des petites herbes un peu jaunies qui poussaient. C’est comme si le trou que j’avais creusé, je l’avais un peu fait dans le monde : bientôt, il allait y avoir un trou brun, là où moi je m’étais trouvé avant. C’était bien triste. L’homme était derrière moi, il était sûrement debout, mais en fait j’en savais rien. J’avais pas vraiment envie de savoir, faut dire aussi. Il allait me tuer, si je pouvais éviter de m’interroger, c’était tant mieux. Au moins, le creusage de tombe, ça fatigue : on sait peut-être qu’on va mourir, mais au moins on s’occupe. Là, à me retrouver debout, à glander, ben j’en avais de nouveau plein, des idées noires. Mais des idées, au moins, et c’était toujours ça à prendre. On n’a pas d’idées quand on est mort. En fait, quand on creuse sa tombe, on est presque déjà mort dans sa tête. Ca m’a un peu fait bizarre, de me dire ça alors qu’au fond, j’allais bientôt n’en avoir plus rien à faire, de toutes ces conneries. Mais quand même, mourir comme ça, c’était trop con. Fallait au moins tenter un truc, un dernier truc, histoire que je puisse me dire : ça, je l’ai fait, je regrette pas. J’aurais pu fumer une dernière cigarette, mais j’en avais pas. Tout ce que j’avais, c’était ma pelle. Et lui, il était juste derrière moi. N’importe quel couillon aurait compris ce qu’il fallait faire, reconnaissons-le. Heureusement pour moi, j’étais n’importe quel couillon. Et puis, comme je crois pas en Dieu, pas de danger : je serai de toute façon pas puni dans l’au-delà pour avoir fait un truc pareil. Y’a pas de risque ni sur le long, ni sur le court terme. Y’a juste le risque de vivre, mais s’il le faut, je m’en accommoderai de mon mieux. Alors, j’ai respiré avec force, j’ai soulevé ma pelle, je me suis retourné vite fait bien fait, la pelle au bout des bras, le métal tendu dans sa gueule. Bam ! Un grand coup. Faut pas rêver, quand on s’attaque à un gars qui vous fait creuser votre tombe, ben c’est logique qu’il ait un peu d’expérience. C’est pas le genre d’idées auxquelles on pense quand on va tuer quelqu’un pour la première fois. Alors forcément, il s’attendait aussi à ce genre ce combine. Je suis tombé raide dans ma tombe, en arrière. Un sacré bol ! Je me voyais pas m’y coucher paisiblement, dans cette tombe, à attendre qu’il me recouvre de terre. Alors forcément, j’ai dû regarder le ciel, et il était encore un peu jaune. J’ai vu sa tête, aussi, elle était sombre, mais à mon avis, ça ne l’a pas fait sourire, tout ça. La première fois peut-être, mais là, il était malheureux, avec son pisolet encore fumant au bout des doigts. C’était un peu lui qu’il allait enterrer, aussi, avec moi.